Le Purgatoire

Le Purgatoire... est l'espace où sont répertoriés les ouvrages à mon sens difficilement profitables, que je ne pourrai pas conseiller à la lecture, mais dans lesquels peuvent se trouver un ou quelques éléments susceptibles de susciter ou d'alimenter la réflexion ou le débat.

CATEL Olivier, Jésus et les rabbins, Editions du Cerf, 2026.
L'idée de lire les évangiles et comprendre Jésus en tenant compte du contexte culturel et religieux de son époque est évidement louable si ce n'est essentielle. On s'attend donc à trouver dans cet ouvrage quelque lumineuse exégèse.
Au final, malheureusement, la distance entre le travail d'un Brant Pitre et celui du frère Olivier est incommensurable et on ressort de la lecture de ce dernier plutôt déçu. Bien entendu, Pitre est professeur et frère Olivier étudiant, pourrait-on dire. Cela s'observe, par exemple, par le fait que bon nombre d'arguments dans le texte du frère Olivier sont empruntés à David Flusser. Mais, dans ce cas, mieux vaut peut-être lire l'original plutôt que la copie...  Ce qui est dommage, c'est que frère Olivier n'est pourtant pas un novice. 
Le fond du problème réside dans le point de vue de départ: l'exégèse du frère Olivier est marquée par deux options fondamentales. Tout d'abord, elle est naturellement entraînée par l'orientation morale des versions grecques de l'évangile, typique d'une adaptation/traduction d'événements et d'enseignements sortis de leur contexte culturel judéo-chrétien d'origine. Esnuite, il ignore ce que j'ai appelé le "courant spiritualiste" dans ma recension de Pitre sur l'Eucharistie. Par conséquent, il en est réduit à faire doublement une exégèse halakhique (morale) des évangiles. Ceci est tout à fait observable dans le traitement réservé à Mt 12,1-6.
Pour finir, le travail du frère Olivier fait preuve d'une attitude initiale tout à fait positive, malheureusement trahie par des présupposés typiques d'une exégèse universitaire classique et peut-être déjà un peu datée. Ceci n'empêche pas de trouver dans le texte quelques questions intéressantes et pépites exégétiques.

LEMARDELE Christophe, Jésus chez Flavius Josèphe: la version slavonne de la Guerre des Juifs, L'Harmattan, 2025.
Le titre est alléchant car l'idée de la recherche est (très) bonne. Mais le contenu de l'ouvrage est (très) décevant: on s'y perd. On retiendra positivement cependant les éléments de contextualisation historique de la rédaction de la version slavonne. Oui, le "Flavius Josèphe slavon" est certainement à insérer dans le "dossier Jésus" (et le "dossier Jean-Baptiste"), mais dans un esprit plus apaisé et plus pédagogique. Et toujours cette question récurrente de l'exégèse appuyée sur le texte grec... Ceci dit, on conseille au lecteur le portrait de Jean-Baptiste par Flavius Josèphe, qui vaut son pesant de cacahuètes!
2025-11-15

PIOVANELLI Pierluigi, Le Jésus des historiens: entre vérité et légende, Presses universitaires de France, 2023.
Comme pour Christophe Lemardelé, le point de départ est Ernest Renan (prophétisé ici par Voltaire). Il s'agit donc de dégager Jésus de toute théologie et de proposer un Jésus raisonnablement acceptable. Le paradoxe, et l'intérêt de quelques chapitres de l'ouvrage, est que l'auteur propose d'interpréter Jésus à la lumière de la mystique de la Merkava. On ne peut pas, en effet, échapper à la dimension prophétique dans la figure de Jésus et dans les récits évangéliques. Il est dommage cependant que le traitement de cette hypothèse soit à ce point décevant et si peu scientifique. Mais on a au moins la démonstration par une forme d'absurde qu'on ne peut pas faire d'histoire de Jésus sans un minimum de théologie (ici celle du prophétisme). Au bout du compte, on ne se trouve pas dans cet ouvrage "entre vérité et légende", mais "entre philosophie et gnosticime": le Jésus des Frères...?
2025-11-15