REY D., Mes choix, mes combats, ce que je crois, Artège,
2025.
Rédigé en collaboration avec Samuel Pruvot et Henrik
Lindell, journalistes, cet ouvrage est un plaidoyer pour l'œuvre pastorale de Mgr
Dominique Rey, évêque (émérite) de Fréjus-Toulon du 16 mars 2000 au 7 janvier 2025,
où le pape François, après l’avoir encouragé à rester en place avec un
coadjuteur, l’a soudain contraint à la démission.
Hormis l’introduction et la conclusion, le texte est divisé
en 11 chapitres : 1. Aux origines d’une vocation ; 2. Questions
autour d’une démission ; 3. L’influence américaine ; 4. Un
évêque « tradismatique » ? ; 5. La défense de la vie ;
6. La culture de l’identité ; 7. L’engagement politique ;
8. L’enseignement catholique a-t-il un avenir ? ; 9. Un
évêque en mission ; 10. L’Église du futur ; 11. À l’heure
de Léon XIV.
Chacun de ces chapitres est divisé en deux parties : la
première, rédigée par les journalistes, est une mise en contexte ; la
seconde est une prise de parole de Mgr Rey lui-même. À vrai dire, ce procédé
est un peu lassant : outre certaines redondances, la mise en contexte
paraît quelque peu artificielle en regard du témoignage personnel de l’évêque. On
se demande pourquoi ils n’ont pas choisi le mode de l’interview. Peut-être que
Mgr Rey avait besoin de parler, de s’expliquer longuement, librement. Ceci
trahit, je crois, une profonde blessure, et fait de ce livre une forme d’exutoire.
Cependant, à parcourir son témoignage, Mgr Rey paraît avoir
été l’évêque modèle selon les trois pontificats précédents celui du pape Léon.
Jean-Paul II était missionnaire partout dans le monde, ouvert aux communautés
nouvelles, tout en étant attentif aux racines chrétiennes des pays de la
vieille Europe, Mgr Rey l’a été de par son parcours vocationnel au sein de l’Emmanuel,
en s’inspirant des communautés les plus vivantes d’Amérique latine et du nord, en
promouvant la défense de la vie, l’identité chrétienne du peuple français.
Benoît XVI partageait une part de ces combats, y ajoutant une densité
liturgique et dogmatique plus importante. Et Mgr Rey a été au rendez-vous, continuant
l’œuvre de Mgr Madec, son prédécesseur, au séminaire de La Castille, explorant
la voie de
Summorum Pontificium avec la fondation des Missionnaires de
la Miséricorde divine (un nom qu’aurait béni Jean-Paul II), et se préoccupant
logiquement du devenir de l’Enseignement catholique – de la transmission de la
foi à la jeunesse – où se trouvent les forces vives de l’Église de demain. Et Mgr
Rey a également été un fils du pape François, arrivant à faire le « grand
écart » (ou des ponts) entre toutes les tendances coexistantes dans son
diocèse, voulant rejoindre le maximum de sensibilités ou de périphéries
éloignées. En définitive, il a été le parfait évêque catholique en communion
avec le pape régnant, toujours en lien avec les évêques d’où provenaient ses
communautés missionnaires, avec les services compétents de la curie romaine.
Alors pourquoi un tel désaveu ?
Bien entendu, on peut s’alarmer que l’Église-monde de Mgr
Rey était trop importante, étouffante, pour le petit diocèse du Var. Comme si
on gérait une mégapole, avec sa diversité, en Corrèze. Mais Toulon est un port –
il doit y avoir une tension structurelle dans ce diocèse. Mgr Rey a choisi le port
contre l’arrière-pays. Et surtout, à être trop le fils chéri de Jean-Paul II et
de Benoît XVI, on risque fort d’être désavoué au temps de leur successeur et d’en
payer le prix. C’est logique. Il existe une politique ecclésiastique. Il n’est
pas le premier évêque banni, ni le dernier.
En fait, on s’aperçoit que Mgr Rey est devenu prêtre et évêque
par les mains de Mgr Lustiger. Il est un « Lustiger-boy ». Il en a
les caractéristiques essentielles : caractère, volontarisme, intérêt pour
les questions politiques et sociales, spirituel, liturge, attentif à la
formation (alternative) du clergé… Peut-être qu’il eut pu ou dû devenir archevêque
de Paris, en des temps meilleurs. Mais les opposants au Cardinal ont
vraisemblablement été les plus forts. À travers Mgr Rey, c’est le Cardinal qui
a été sanctionné. Et c’est ainsi qu’une certaine idée de l’Église de France est
morte une seconde fois.