ACUTIS C., MAILLARD M. et J.-B., Les miracles eucharistiques dans le monde.

 


Saint Carlo ACUTIS, Marie et Jean-Baptiste MAILLARD, Les miracles eucharistiques dans le monde, Perpignan-Paris, Artège, 2026, 415 p., 25,00 €.
 
La canonisation de Carlo Acutis a fait le tour du monde, et tous ont pu comprendre que ce jeune homme était fortement attaché à la dévotion eucharistique, notamment dans ses miracles, jusqu’à en constituer une exposition. Le présent ouvrage reprend cette exposition, avec des commentaires catéchétiques relatifs au culte eucharistique et des méditations spirituelles, notamment de saint Carlo.
 
Le lecteur trop pressé, estimant avoir affaire à un « ouvrage de spiritualité » de plus, se tromperait. Certes, de nombreuses personnes pieuses y trouveront une confirmation de leur foi et une nourriture abondante pour leur méditation, voire leur culture religieuse, mais l’ouvrage vise aussi les personnes très cartésiennes qui auraient du mal à concevoir la Présence réelle de Jésus-Christ dans les espèces eucharistiques.
 
C’est ainsi qu’après une introduction déjà fort intéressante en elle-même, l’exposition débute par les miracles eucharistiques les plus récents : Legnica (Pologne), 2013 ; Vilakkannur (Inde), 2013 ; Sokolka (Pologne), 2009 ; Tixtla (Mexique), 2006, Buenos Aires (Argentine), 1992, 1994 et 1996, etc. Tous les miracles ont été analysés scientifiquement avant d’avoir été reconnus et approuvés par l’autorité ecclésiastique. Ensuite, l’exposition continue au fil des siècles et des nations jusqu’aux miracles de Lanciano (Italie), en 750 – également analysé scientifiquement, de Rome (Italie) en 595, et deux évocations de miracles en Terre Sainte (Marie l’Égyptienne) et en Égypte, au désert de Scété.
 
Ce choix de la présentation chronologique à rebours produit un effet redoutable : les miracles les plus anciens n’ayant pas bénéficié des mêmes analyses scientifiques se voient malgré tout confirmés en raison des ressemblances évidentes avec les plus récents. Et si le lecteur sceptique avait encore un doute, il reçoit le coup de grâce avec l’analyse du miracle de Lanciano dont les résultats scientifiques sont identiques à ceux de Legnica, Sokolka, Tixtla ou Buenos Aires… 1250 ans plus tard.
Dans tous les cas, la matière sanguine apparue est composée de tissus cardiaques vivants, de groupe sanguin AB (comme le linceul de Turin, le voile d’Oviedo ou la tunique d’Argenteuil), ayant subi de graves souffrances. L’ADN relevé est humain, mais il ne correspond à aucun type connu dans les bases de données… Notre ouvrage s’appuie notamment sur celui du Dr. Franco SERAFINI, Un cardiologue rencontre Jésus : les miracles eucharistiques à l’épreuve de la science, Artège, 2025, dont on trouvera également un compte-rendu sur 108 livres.
D’autres types de miracles eucharistiques sont constatés : apparitions de figures, phénomènes lumineux, adoration par des animaux, élévations…
 
Il est à noter que ces miracles ont lieu lorsque le prêtre ou d’autres personnes ont un doute sur la Présence réelle, ou bien que l’Hostie est victime de négligence ou de détournement à des fins maléfiques. En somme, le Seigneur rappelle d’abord à la personne pécheresse sa Présence, provocant chez elle une conversion salutaire, puis le phénomène est ensuite reconnu et célébré comme un miracle dans l’Église.
 
Dans quelques cas, on est frappé par la redondance d’histoires par trop similaires : ainsi celle de la jeune fille amoureuse, ou de la femme jalouse, qui consulte une magicienne, laquelle lui demande d’apporter une Hostie consacrée pour en faire un philtre d’amour…, opération qui tourne à la confusion des deux comparses. La question serait de discerner si une histoire initiale authentique a été colportée par la suite en d’autres lieux, suscitant des reproductions, ou bien s’il existe un courant occulte préconisant formellement ce type d’usage malsain des Hosties consacrées… ?
 
On touche ici à une des limites de l’ouvrage : il n’est pas entièrement adossé à des études de type universitaire – pour certains aspects, oui, pour d’autres, non. Par exemple, le Franc-Comtois s’étranglera en apprenant que le miracle de Faverney a lieu au « duché » de Bourgogne ! Le Jurassien poussera des cris en lisant « Dôle » plutôt que « Dole »… Petits détails dira-t-on, mais révélateurs d’une forme d’amateurisme dans la rédaction des fiches.
Dans le même esprit, on ne peut que louer les auteurs d’avoir trouvé de nombreuses images ou photos pour illustrer les phénomènes, mais, dans le but d’offrir aux lecteurs des images « réalistes » des miracles survenus, ils ont parsemé l’ouvrage d’illustrations confectionnées par Intelligence artificielle… laquelle n’a manifestement reçu aucune formation en matière de liturgie catholique. Par conséquent, ce qui se voulait réaliste ne l’est pas du tout… et c’est une forme de contre-témoignage quand justement les auteurs s’attachent à exposer des « faits ».
 
Dernier point, comme en annexe : l’étude de Carlo Acutis s’est limitée au monde catholique. Ceci est tout à fait normal, puisque pour les Réformés, le culte est célébré par des pasteurs non ordonnés et le pain et le vin ne sont corps et sang de Jésus que de manière symbolique. Il n’y a ni sacrement de l’Ordre, ni sacrement de l’Eucharistie : il n’y a pas de Présence réelle. En revanche ce n’est pas le cas pour les orthodoxes, qui partagent la même foi avec les catholiques, tant pour les prêtres que pour les Espèces eucharistiques. N’y-a-t-il donc pas de miracles eucharistiques chez les orthodoxes ? Premièrement, les orthodoxes ne célèbrent pas avec du pain azyme séparément du vin, mais Corps et Sang du Christ sont mélangés dans un même calice, raison pour laquelle la communion est donnée directement dans la bouche au moyen d’une cuiller spéciale. Ceci n’empêche pourtant pas une bonne part des miracles eucharistiques. La très rapide recherche que j’ai pu effectuer indiquerait que, dans l’orthodoxie, un miracle d’une telle nature est perçu (donc ils en connaissent) comme révélateur d’un maléfice qui appelle à la pénitence. Notons que cette perception est également vraie pour les catholiques, puisque les miracles ont lieu en réponse à des doutes, des négligences ou des volontés malsaines. Ensuite, là où un catholique pourra conserver les espèces miraculeuses, cela est pratiquement impossible pour un orthodoxe en raison du mélange. Par conséquent, pour ce dernier, le miracle demeurera caché en raison du péché considéré en priorité et par l’impossibilité pratique d’en faire monstrance au peuple. Mais ces réflexions demanderaient un approfondissement.
 
On conclura finalement que, malgré des défauts dus à une préparation un peu superficielle liée sans doute à la volonté de publier un ouvrage rapidement et illustré à moindre coût, le fond du message est néanmoins extrêmement puissant pour rappeler aux lecteurs la réalité de la Présence réelle dans les espèces eucharistiques. On ne peut que suggérer aux auteurs la rédaction d’une 2ème édition « relue et corrigée », comme on disait autrefois, et souhaiter aux lecteurs une bonne méditation, voire une bonne conversion, si nécessaire.